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Ce Que ça fait d'être un Nouveau Immigrant


Je n’ai absolument pas vu 2019 passer. Quand je regarde mon calendrier et que je vois que nous sommes déjà en juillet, je ne peux pas m'empêcher de me demander où le temps a filé. Je pensais que j'avais beaucoup de temps pour me préparer pour l'été, mais j'aimerais maintenant que les choses ralentissent.


Ma demande de résidence permanente me rend folle. J'aimerais pouvoir dire cela en tant que figure de style, mais c’est au sens littéral du terme ; J'ai eu des moments difficiles - nous allons en rester là. J’observe avec crainte l'échéance de mon permis de travail se rapprocher, impuissante, en attente que le ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Canada confirme ma résidence permanente. Je me réveille la nuit, à bout de souffle et incapable de me rendormir. Mon imagination se déchaîne et je m’imagine sans papier. Je panique quand je pense à la façon dont on pourrait me refuser la résidence permanente, comment je pourrais perdre mon emploi, comment tous les efforts et tout l’argent que j’ai investis dans cette résidence permanente n’aurait servi à rien.


Je déteste me sentir si impuissant face à ma propre situation. J'aimerais pouvoir faire quelque chose. Je passerais un test, je témoignerais sous serment, je ferais n'importe quoi pour dissiper l’incertitude. Cependant, c’est la réalité des processus d’immigration légale et je sais que je ne peux rien faire d’autre que d’attendre. J'attends et je prie, sachant que quelque part au milieu de Mississauga, un employé aléatoire du gouvernement fédéral tient ma vie entre ses mains.


Cela semble presque injuste. J'ai eu du mal à arriver là où je suis aujourd'hui. J’ai travaillé d'arrache-pied pour obtenir un peu d'expérience canadienne dans mon curriculum vitae, sachant très bien que sans cela, j'aurais de la difficulté à trouver un emploi dans mon secteur. Ma situation n’était pas si terrible, tout bien considéré. Mes compétences en français sont précieuses sur le marché du travail canadien et j’ai pu en tirer profit.


Cependant, tous les nouveaux immigrants n'ont pas cette chance. Il peut être difficile pour les nouveaux immigrants de décrocher un emploi dans leur domaine car les entreprises et les organisations ne reconnaissent pas automatiquement votre formation et votre expérience professionnelle. Des personnes brillantes qui étaient auparavant médecins, infirmières, universitaires ou experts dans leur domaine doivent maintenant accepter des emplois subalternes, car ce qu'elles ont accompli avant d’immigrer ne vaut plus rien.


Savez-vous à quel point il est frustrant d’être constamment confronté au rejet quand on sait au fond de soi qu’on serait excellent à ce poste ? Savez-vous à quel point il est frustrant de trouver d’énormes possibilités d’emploi et de réaliser rapidement que même si vous êtes le candidat idéal, ils n'accepteront malheureusement que les candidatures de citoyens canadiens ?


C'est encore pire pour les professions protégées. Alors que le gouvernement canadien fait de la publicité pour que des travailleurs qualifiés viennent travailler au Canada, ils omettent de dire aux médecins, ingénieurs et autres professionnels étrangers que pour obtenir un poste sécurisé dans leur domaine, ils pourraient être obligés de s'affilier à des associations professionnelles - et pour entrer dans lesdites associations professionnelles, ils pourraient avoir besoin d’un diplôme canadien… En d’autres termes, un ingénieur diplômé allemand pourrait être obligé de retourner à l’université et de suivre de nouveau un programme complet de premier cycle juste pour entrer dans une association professionnelle d’ingénieur, qui lui accorderait une licence pour travailler comme ingénieur.


Bien sûr, tous les immigrants ne sont pas égaux. Par exemple, j'ai récemment découvert que le Canada avait mis en place un programme d'immigration des investisseurs qui visait à attirer les investisseurs étrangers fortunés pour qu'ils s'établissent et investissent dans le pays. Le programme donnerait aux immigrés avec une valeur nette de 1,6 million de dollars la résidence permanente en échange d'un prêt de 800 000 dollars sur cinq ans, sans intérêt, accordé au gouvernement. Oui, vous avez bien lu : la résidence permanente était autrefois à vendre.


Pouvez-vous lire ma frustration ?


Ce processus d’immigration m’a lentement rendue folle, mais je me suis accrochée. Je suis enfin arrivé à un endroit où je me sens bien et où je sais que je peux me développer professionnellement. J'ai gagné ma place sans personne à remercier à part moi-même. Cela devrait me rendre fier, mais la vérité est que tout cela pourrait m’être enlevé en un clin d'œil.


Je vais être honnête, j'ai pleuré. Dans ces moments-là, tout ce que je peux faire est d’espérer que l’administration du pays de mon compagnon ne nous fera pas chier. Le reste du temps, je prétends que tout ira bien. Que puis-je faire d'autre ? Je planifie donc ma vie comme si j'allais rester. Comme si c'était une certitude, comme si rien ne pouvait mal tourner. Mais je ne sais pas, je ne sais pas. Ma vie est en pause. Est-ce que je resterais ou devrais-je partir ?


J’ai décidé de partager mes sentiments parce que je trouve que nous sommes encore trop rapides à juger négativement les immigrants. Ne vous méprenez pas. De nombreux citoyens canadiens sont incroyablement progressistes et croient que l'immigration peut être une bonne chose. Cependant, cela reste toujours un sujet sensible, même parmi les personnes les plus progressistes que je connaisse.


Les immigrants sont supposés lutter. Ils doivent faire face à des difficultés, se battre pour une vie meilleure. C’est presque comme si les immigrants étaient supposés mériter une deuxième chance. Rien ne rend les gens plus vexés que l’idée qu’un immigrant puisse recevoir plus d’avantages qu’un citoyen natif du pays. Tu veux vivre dans ce pays ? Tu ferais mieux de prouver ta valeur.


D’une certaine mesure, je comprends. Cette mentalité fondée sur le mérite est présente partout en Amérique du Nord. Cela ne s'applique pas seulement aux immigrants, c'est dans tous les aspects de la vie. Mais qui demande aux citoyens natifs s’ils méritent leur citoyenneté ? Comme si être né dans un pays était juste. Personne ne mérite sa citoyenneté. Personne ne mérite d'être américain, français ou chinois. On ne fait rien ; on naît et voilà. Réfléchissez-y pour une minute.


Immigrer n'est pas amusant. Immigrer de façon légale dans un nouveau pays est long, pesant et coûteux. C’est stressant, isolant et dégradant par moments. J'ai choisi d'immigrer et, à ce titre, je dois accepter tout ce qui est exigé de moi. Je l'accepte. Cela ne veut pas dire que c’est facile.

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