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Club de Lecture : Ne Tirez pas sur l'Oiseau Moqueur



J’ai commencé à lire Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur de la même façon que j’ai commencé à lire beaucoup d’autres livres. J’avais fini de re-re-lire la série Harry Potter et un très long Our Revolution de Bernie Sanders, et j’étais à la recherche d’inspiration pour continuer mon aventure littéraire sur les problèmes sociétaux en Amérique du Nord. J’ai décidé d’aller faire un tour sur Internet et de chercher des suggestions sur un grand array de sujets, mais particulièrement sur la justice sociale, les questions raciales et autres thèmes à-lire-avant-de-mourir. J’ai commencé à utiliser cette méthode pour choisir des livres durant mes études à Londres, et je n’ai pas perdu l’habitude depuis. Malgré une réservation initiale sur ces listes qui prétendent avoir trouvé les “20 livres à ne pas manquer”, j’ai réellement été agréablement surprise. De plus, cette méthode me permet d’explorer un vaste choix de sujets, auteurs et genres que je n’aurais pas exploré par moi-même.


Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur est probablement un livre que tous les enfants américains ont soit lu soit en ont entendu parler, de même que L'Attrape-cœurs. En tant qu’européen, je ne connaissais pas grand chose à propos du livre. Je me souviens avoir été attirée par le titre (To Kill a Mockingbird en anglais) et je savais que le sujet traitait de questions raciales, mais c’était tout. Je pense donc qu’un court résumé est nécessaire pour mes camarades européens: Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur est un roman d’Harper Lee publié en 1960. Il a gagné le Prix Pultizer et est devenu un classique de la littérature moderne américaine. L’intrigue tourne autour d’un événement qui se déroule dans une petite ville de l’Alabama en 1936. L’histoire est racontée du point de vue de Jean-Louise Finch, une petite fille de six ans.


Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur n’a pas immédiatement conquis mon coeur. J’ai dû lire un bon 35-40% du livre avant de réellement accrocher. Il n’y avait pas raisons spécifiques à mon manque d’enthousiasme, mais je pense que ça devait être en partie parce que je ne savais rien sur le sujet du livre et que je ne comprenais pas où l’auteur voulait en venir. J’étais en train de lire la routine d’une petite fille originaire de l’Alabama en 1936. D’accord. Si le but du livre était de me permettre de m’identifier aux personnages, c’était raté. La description de la vie aux Etats-Unis à cette période me semblait très (trop) étrange et l’argot utilisé n’a pas aidé à ma compréhension. J’étais plus lente à lire que d’habitude, et après que mon compagnon m’ait signalé que l’histoire n’était pas réputée pour être très joyeuse, j’ai décidé de faire une pause dans ma lecture.


J’ai recommencé à lire Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur environ un mois après, déterminée à le finir et qu’importe si ça me plaisait ou pas. Après coup, je suis très contente d’avoir persévéré. L’ingéniosité de Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur est la facilité avec laquelle l’auteur développe une histoire sur un sujet aussi sérieux que le viol et les inégalités raciales à travers les yeux d’une fillette.


L’innocence de Jean-Louise permet au lecteur d’apprécier les qualités et défauts de tous les personnages sans les à priori qu’on peut avoir en tant qu’adulte. Ce livre m’a permis d'entre apercevoir les violations des droits des afro-américains au vingtième siècle, mais aussi de comprendre un peu mieux l’importance de l’autorité de la loi et du système judiciaire à protéger les droits de tous les citoyens indépendamment de leur couleur de peau, genre et statut social.


Pourquoi est-ce que je recommanderais Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur à mes camarades européens ?


Premièrement, parce que le livre fait découvrir au lecteur la vie que menaient les pauvres citoyens des états du sud dans les années 30. Imaginer que des gens vivaient de cette façon il y a moins d’un siècle, et dans un pays qui à l’époque était protégé de la montée du Nazisme, a quelque chose de très fascinant. Ma propre grand-mère aurait eu 13 ans quand le livre commence, ce qui m’a fait réfléchir et comparer ce que je lisais à ce que je connaissais de sa vie à l’époque. C’était différent évidemment, mais semblable en même temps.


Deuxièmement, parce que j’ai trouvé que c’était un magnifique exemple de ce qu’était la vie pour les personnes de couleur à l’époque. Au Etats-Unis, l’esclavage a été officiellement aboli en décembre 1865 par l’adoption du 13ème amendement. Les événements relatés dans le livre se déroulent en 1936, ce qui signifie que l’esclavage avait été aboli depuis 70 ans… 70 ans ! La deuxième Guerre Mondiale s’est finie il y a un peu plus de 70 ans, et je peux vous dire que pour ma génération, ça semble être un passé lointain. Se dire que si peu avait changé par rapport aux attitudes envers les afro-américains a été, si pas une révélation, au moins un élément de surprise. Appelez-moi naïve, et je le suis peut-être. Je pense que les européens ont du mal à comprendre l’impact que l’esclavage a eu sur la société américaine, et c’est une des raisons qui m’a poussée à commencer ce blog en premier lieu.


Ne Tirez pas sur l’Oiseau Moqueur m’a fait beaucoup réfléchir, surtout par rapport à l’attitude des européens envers les minorités. L’esclavage et la ségrégation ont profondément impacté l’identité même des afro-américains. Je me suis demandée - et je me demande encore - quel impact la colonisation européenne a eu sur l’identité des minorités en Europe aujourd’hui, et s’il serait possible de comparer les deux. Un sujet à développer…

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