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Etre Métisse au Canada



Les couples interraciaux sont encore une petite minorités, où que vous habitiez, où que vous alliez. Il est vrai que leur nombre a progressivement augmenté ces derniers temps, en particulier dans les sociétés à population multiculturelle. Reste que cela est encore un phénomène rare. Un sondage réalisé en 2011 estime que 4,6 % de tous les couples mariés et en union de fait au Canada vivaient en union mixte. Pour un pays dont 22,3 % de la population appartient à un groupe de minorités visibles, 5 % semble peu.


Bien entendu, ce n’est pas surprenant quand on connaît l’histoire du continent. J'ai récemment découvert par exemple que le mariage interracial était illégal aux États-Unis jusqu'à il y a cinquante ans. La Cour suprême des États-Unis a annulé les lois interdisant le mariage interracial lors du célèbre arrêt rendu en 1967 par la Cour Suprême dans l'affaire Loving v. Virginia. Si la cour a montré une certaine position progressiste à l’époque, cela ne s’est pas reflété dans la population: 72 % des Américains se sont opposés à la décision de la Cour.


Les mentalités ont changé. Les sociétés ont évolué. Les pays développés, en particulier les métropoles, deviennent moins homogènes. Promenez-vous dans les rues de Londres, par exemple, et vous serez exposé à un large éventail de teintes de peau et d'ethnies. La familiarité amène alors des sentiments plus amicaux. À partir de là, ce n'est qu'une question de temps avant que les jeunes générations ne commencent à se mélanger.


J'ai tendance à être très consciente des gens qui m'entourent. Quand j’entre dans une pièce, je regarde souvent qui la remplit. Je veux savoir si je vais me démarquer ou si je vais me fondre dans la masse. Je veux savoir si je vais être regardée ou si je vais être un autre humain parmi une mer de corps.


C’est le problème d’être métisse. Tu n’as pas de race. Tu n'appartiens pas. Tu te démarques où que tu sois. Je suis peut-être noire dans ce pays, mais je suis blanche dans un autre.


Naturellement, j'ai tendance à chercher des personnes comme moi. Voir d'autres personnes métisses m'apporte du réconfort. Dans ma tête, cela semble indiquer que les gens d'ici doivent être tolérants, ouverts d'esprit. Que l’amour n'a vraiment pas de couleur. Ces pensées sont totalement subjectives, mais c’est certainement un critère important pour moi quand je dois décider où je veux vivre.


La Belgique est un pays assez mixte, je dirais. Plus que beaucoup de pays développés que j'ai visités. Enfin, je devrais être plus précise ici. Si vous avez la chance de visiter mon beau pays, vous verrez probablement des citoyens afro-européens. Et leur nombre augmente. Les bébés métis font leur apparition dans tout le pays. Chaque fois que je vois un mini-moi, avec des cheveux crépus, une peau chocolat-au-lait et de grands yeux bruns, mon cœur fond.


J'ai en quelque sorte toujours supposé que d'autres pays développés auraient une population mixte similaire. J’ai vite compris, une fois que j’ai commencé à voyager en dehors de la Belgique et de la France, que ce n’était pas vraiment le cas. Les couples interraciaux et les enfants métis n'étaient pas aussi communs. J'ai découvert des sociétés plus ségrégées, notamment en Amérique du Nord et en Afrique du Sud.


On peut déjà le remarquer en regardant les films et émissions de télévision américaines. La plupart du temps, le casting sera assez diversifié. Les producteurs sont très sensibles au politiquement correct et incluront donc systématiquement au moins une personne appartenant à un groupe de minorité visible. La représentation est certes importante, mais les téléspectateurs attentifs réaliseront également que les intérêts amoureux et les relations se dérouleront presque exclusivement entre deux personnes de la même ethnie.


Bien sûr, une fois que j'ai commencé à y penser, les raisons sont devenues plus claires. La loi a séparé ces sociétés depuis longtemps. Les gens étaient littéralement défendus de fréquenter des gens d'une autre couleur de peau. Bien sûr, cela a des répercussions encore aujourd'hui, mais pas seulement. L'Amérique du Nord est une région remplie d'immigrants. Remplie. Les gens y viennent en masse depuis des siècles. Migrer vers un nouveau pays est difficile. Je le vis à l’instant. Nous recherchons la familiarité. Nous recherchons une petite touche qui nous rappelle la maison. Il semble donc normal que les gens aient tendance à rester avec des personnes partageant la même culture, le même langage, la même couleur de peau.


Ces réflexions reflètent ce que mon copain m’a raconté de sa vie à Toronto quand j'étais moi-même en Belgique. Il a mentionné que, même si un pourcentage important de membres de minorités visibles vivait à Toronto, les communautés étaient plus isolées qu'en Belgique ou en Angleterre. Les gens ont tendance à rester ensemble au point que des quartiers entiers prennent parfois le nom de la minorité dominante habitant la région. Je pense bien sûr à Chinatown ou à la Petite Italie. Les couples métis sont plus rares.


Une fois que nous avons déménagé à Ottawa, j'ai porté une attention particulière à la diversité de la population. Je voulais savoir si la ville allait refléter mes observations précédentes. J'étais heureuse de voir des gens de couleur se promener dans les rues du centre-ville. Mais je ne me reconnaissais pas dans ces visages inconnus. Encore une fois.


Je me suis sentie déçue et j’en ai parlé à mon compagnon. Il n'a pas tardé à me contredire - une de ses spécialités. Il m’a fait comprendre que, même si les couples multiraciaux et les enfants métisses étaient moins répandus qu’en Europe, cela ne voulait pas dire que ce serait toujours le cas - ou que les mentalités ne changeraient pas. C’est peut-être moins fréquent, mais je ne cherchais pas aux bons endroits. C'est une fois que j'ai commencé à regarder une foule plus jeune que je l'ai vu. J'ai vu des enfants noirs, asiatiques, autochtones et blancs traîner ensemble. J'ai vu des couples multiraciaux aussi.


Mon partenaire m'a dit de faire attention et d'attendre. Les enfants métis viendraient ; nous étions juste parmi les premiers.


Ottawa est une ville charmante qui reflète l'état actuel du monde. Il bouge, évolue, s’ouvre à de nouvelles manières de comprendre le multiculturalisme; non pas comme une multitude de cultures distinctes, mais plutôt comme un mélange de ce que tout le monde a à offrir.


Nous vivons dans un bien beau monde !

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