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Métro - Boulot - Dodo



La vie, la « vraie » vie, a cette habitude frustrante de vous rattraper où que vous soyez.


Je me suis rendue compte d’une contradiction importante en moi et, au fil des années, elle est devenue de plus en plus apparente. D'une part, je ne peux pas rester immobile. J'ai toujours besoin de changement, particulièrement dans mon environnement. Je commence à m'ennuyer d'un endroit assez rapidement. Quand j'étais enfant, je demandais à ma mère de déplacer les meubles dans ma chambre toutes les deux-trois ans. Le fait de vieillir a ouvert des possibilités qui n’étaient pas disponibles auparavant. J'ai finalement pu me déplacer autant que je voulais. Chaque fois que l'ennui arrivait, je pouvais décider de faire ma valise et de partir...


... et c’est exactement ce que j’ai fait. Depuis que j'ai 18 ans, je n’ai pas vécu au même endroit pour plus d'un an. J’ai vécu dans sept appartements différents, sans compter les moments intermittents passés chez mes parents. En parler me fait m’en rendre compte encore plus. Je ne suis jamais ici ni là-bas.


D'autre part, ma maison me manque constamment, peu importe où elle se trouve. Je suis le genre de personne qui n’aime pas trop partir en vacances, qui veut croire qu’il n’y a rien de mieux que la maison. Je suis jalouse des personnes qui restent, qui ont une maison depuis des années, qui peuvent profiter de la compagnie de leurs amis et de leur famille tous les jours s’ils le souhaitent. Je recherche la familiarité, le confort et un environnement stable. J'ai une certaine fascination pour les gens qui ont vécu au même endroit toute leur vie, qui ne sont jamais allées vivre ailleurs. J'envie leur certitude qu’il n’y a vraiment pas d’endroit comme la maison.


Je crains la routine autant que j'en ai envie. Il y a quelque chose qui ne va pas ici.


Ces pensées me suivent depuis quelques semaines maintenant. Je repense aux deux dernières années et cela me fait réfléchir. Revenir en Belgique il y a deux ans a été une bénédiction. Je devais rentrer à la maison pour m'installer. Cependant, j’ai toujours su que cela ne me satisferait pas longtemps. Cela ne me semblait pas être le bon endroit pour moi, un endroit où je pourrais devenir ce que je voulais être. L'inquiétude est revenue. Ainsi, mon déménagement vers un tout nouveau continent semblait être écrit.


Ce déménagement a été le plus fou que j'ai vécu jusqu'à présent. Il y avait beaucoup de choses à considérer, beaucoup de tâches administratives à accomplir et beaucoup de parties inconnues qu'il fallait comprendre en cours de route. La vie était imprévisible, libre de responsabilités. C'était difficile. Ce n’était pas glamour. Ne pas avoir de maison, c'est nul. Ca vous draine, pèse constamment sur vos épaules.


Nous avons traversé tout ça. Plus de deux mois plus tard, mon compagnon et moi avons progressé. Nous avons déménagé dans un nouvel appartement, acheté quelques meubles. Nous avons vidé nos valises. Nous avons commencé à investir dans des biens plus permanents. Lorsque je me promène dans notre appartement, je peux maintenant être satisfait du fait que tout nous appartient. J'ai un travail, je paye mes factures.


Et juste comme ça, la « vraie » vie m’a rattrapé. Je me lève maintenant tous les matins à la même heure. Je me rends au travail en écoutant religieusement un podcast sur la route. Je vais dans ma classe, pose mon sac et sort mon ordinateur. J'enseigne tous les jours, à des étudiants que je reconnais maintenant. Les visages sont devenus familiers, les noms sont connus. Je parle et j'écoute, j'enseigne et corrige, puis la journée est finie. Je rentre et je suis chez moi.


La routine dont je rêvais il y a seulement quelques semaines me fait peur. Parce que la routine met aussi à découvert un côté de moi que je méprise : la paresse, qui à son tour engendre l'ennui. Et quand l’ennui me frappe, quand j’ai le temps de faire ce que je veux mais que je ne fais rien, je commence à me demander qu’est-ce que je cherchais si désespérément avant de déménager ? C’est quand je suis effrayée que ma vie n’a pas de sens. C’est là que je deviens agitée, que je commence à penser que l’herbe pourrait être plus verte ailleurs, peut-être un peu plus loin.


Ces sentiments contradictoires rendent la vie excitante, mais aussi frustrante. Je me demande si cette agitation va cesser une fois que j’aurais trouvé ma place ou si je chercherais en vain quelque chose qui n’existe pas. J'ai commencé à penser que ce que je cherche ne se trouve nulle part ailleurs qu’à l’intérieur de moi. Ce qui est requis n’est pas un nouveau pays, ce n’est pas un nouveau foyer ni même un nouvel emploi : c’est de la discipline. Ce dont j'ai besoin, c'est de prendre le temps de faire ce qui me stimule ou ce qui me fait avancer.


C’est une tâche difficile. Il est beaucoup plus facile de s'asseoir sur le canapé et d'allumer Netflix que d'essayer de comprendre le sens de sa vie. Il est plus facile de penser à la prochaine chose que vous voudriez acheter plutôt que de vous rappeler que les biens matériels ne vous apporteront pas la satisfaction que vous recherchez. Il est encore bien plus difficile d’essayer de construire quelque chose qui a du sens quand c’est quelque chose qui n’est pas valorisé par la société, quand ça ne vous fait pas gagner l’argent dont vous avez besoin pour payer vos factures.


C’est ce que j’ai besoin de comprendre pour ma propre santé mentale. C’est le but de ce blog. C’est un réveil de commencer à faire quelque chose, n’importe quoi. Je ne me sentirais jamais chez moi tant que je ne déciderais pas que je suis chez moi, que c’est là et c’est tout ce dont j’ai besoin. C’est tout ce dont j’ai besoin car une maison ne sera pas ce qui me définit, ni ce que je fais. Le reste est à moi.

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