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Victime Chic


Nous vivons à une époque bien étrange.


Le monde d’aujourd’hui n’a jamais été aussi connecté et instantané. Il semble que rien - ou plus exactement, nulle part - n'est hors limite. Les progrès technologiques, et plus particulièrement Internet, ont véritablement révolutionné la manière dont les gens communiquent. Les citoyens du monde peuvent découvrir instantanément ce qui se passe jour et nuit. Partager votre expérience ou votre histoire n'a jamais été aussi facile et est accessible via quelques clics de souris.


Je sais que beaucoup de gens craignent la vitesse à laquelle les avancées technologiques sont développées et souhaitent que les jeunes générations ne se fient pas autant aux téléphones et aux ordinateurs. Bien entendu, les progrès technologiques ont eu de nombreuses conséquences indésirables. Cependant, ça a également rapproché des milliards de personnes. Partager ses hobbies et passions avec des gens de l’autre côté du monde est maintenant accessible à un nombre toujours plus croissant de personnes, et je pense que c’est une bonne chose. J'aime pouvoir partager mes pensées et mes idées avec le monde - d'accord, maintenant, le nombre est plus proche de cinq personnes - sans avoir à compter sur personne sauf moi-même.


Parmi tous les avantages apportés par la technologie de l'information, la prise de conscience à propos des problèmes de justice sociale a une importance particulière. Des activistes peuvent profiter de l’interconnectivité du monde pour sensibiliser et récolter de l’argent pour des causes inconnues jusque là. J'en ai été témoin maintes et maintes fois. Des gens se rassemblent pour une cause en laquelle ils croient vraiment et essayent de changer le monde, parfois même depuis le confort de leur sofa. C'est inspirant. Cela donne de l'espoir.


Ce monde est effrayant aussi. Nous vivons vraiment durant une période bien étrange. Depuis que je porte plus d’attention à ce qui se passe dans le monde, j’ai réalisé à quel point les sociétés se divisent et deviennent de plus en plus polarisées. Rappelez-vous que 2016 a été nommée la pire année de tous les temps ? Il semble qu'il n'y ait jamais eu autant d'injustice, de discrimination et de préjudice dans le monde. Chaque jour, nous entendons parler de catastrophes, d'attaques, de meurtres et plus encore. Regarder les nouvelles est devenu un peu plus déprimant chaque jour. On dirait presque que maintenant est le pire moment dans l’histoire de l’humanité. Presque.


Nos nouveaux canaux de communication et la perception accrue d'événements négatifs dans le monde sont évidemment liés. Je ne pense pas que le monde soit pire qu’il y a cinquante ans, bien au contraire. La vie est plutôt plaisante en ce moment, du moins pour les habitants des pays développés. Non, la différence avec ‘à l’époque’ réside dans la facilité avec laquelle il est maintenant facile d’être informé de ce qui se passe dans le monde instantanément. Il y a cinquante ans, les gens n'étaient tout simplement pas au courant de ce qui se passait. Cela ne veut pas dire que des catastrophes et des morts ne se produisaient pas.


Je ne pense pas que les gens souffrent moins qu'avant, ou que la pauvreté mondiale n'est plus un problème pressant. Il reste encore beaucoup à faire pour faire de ce monde un monde meilleur. Les gens souffrent. La différence est que la technologie a maintenant mis cette souffrance au premier plan et que personne ne peut y échapper.


Ce niveau insensé d’échange et de communication, ainsi que la prise de conscience qui en découle, ont créé une nouvelle dynamique intéressante entre les sociétés du monde. De nombreux blogueurs, experts et chercheurs en ont été témoins et en ont parlé : la polarisation des sociétés. Il semble que les gens soient devenus plus politisés que jamais auparavant. Facebook en particulier est devenu un terrain de bataille pour des personnes aux convictions politiques, culturelles et religieuses différentes. La section commentaire d’un article « controversé » peut rapidement être inondée d’arguments et d’insultes enragés.


La polarisation politique n’est pas un nouveau concept, loin de là. Les sociétés ont toujours été divisées et des groupes d’individus différents se sont souvent affrontés. Mais ce qui est intéressant de nos jours est la facilité avec laquelle chacun peut « agir » et avoir une opinion publique sur des questions politiques et sociales. Dans le brouhaha créé par les médias sociaux, il semble que tout le monde ait une opinion sur tout. Plus précisément, tout le monde semble s'offusquer de tout.


Cet outrage général devient lentement ridicule. Il ya des problèmes très graves qui méritent, à mon avis, l’attention de tous. Lorsque Donald Trump impose une politique de tolérance zéro à la frontière américano-mexicaine, qui a ensuite comme terribles conséquences de séparer des enfants de leurs parents, le scandale de la population est justifié et a en fait poussé le président à revenir sur sa position. Cependant, de la même façon en France, les gens inondent les médias sociaux français parce qu'Emmanuel Macron a grondé un jeune de quatorze ans. Les Français ont été choqués, offusqués. Des commentaires loufoques se sont répandus sur Facebook et Twitter, appelant même le président à démissionner.


Les gens n'ont-ils pas autre chose de mieux à faire ?


La tendance actuelle nous pousse de plus en plus à nous présenter comme des victimes. Nous sommes victimes de discrimination, d'injustice, de racisme et de haine. Nous sommes victimes de la politique de notre gouvernement et de ces politiciens empochant des fonds publics. Nous sommes victimes de migrants volant notre emplois et imposant leurs pratiques culturelles dans NOTRE pays. Nous sommes victimes des grandes multinationales et de leur capitalisme sans cœur. Ca n’est pas de notre faute si on a un travail de merde, des relations de merde avec notre famille et un style de vie de merde. Notre malheur vient des autres, des riches et des pauvres, des politiciens et des employeurs, des étrangers et des voisins. Les autres sont la cause de notre propre tristesse, et il est bon de pouvoir le leur dire en face - ou pas.


Personnellement, je commence à en avoir vraiment marre de cette mentalité.


Je ne veux pas être une victime, ni même agir comme telle. Je le fais parfois et j'essaie vraiment de me rattraper quand je le fais. Pourquoi ?


Il y aura toujours des oppresseurs et des opprimés, c’est un fait. Il y aura toujours des gens plus forts, plus riches, plus intelligents ou plus performants que vous. Il y aura toujours des gens avec plus de privilèges, avec de plus grandes capacités. De la même manière qu'il y aura toujours des gens qui souffrent plus que vous. Il y aura toujours des gens qui seront plus pauvres et plus misérables que vous. Vous pensez que votre vie est difficile ? Avez-vous un toit au-dessus de la tête ? De la nourriture dès que vous avez faim ? L'accès à l'eau potable, aux emplois, aux amis et à la famille ? Alors faites-moi confiance, tout va bien. Vous profitez d’une meilleure vie que de la majorité de la population sur cette planète.


Cette tendance à être une victime et à blâmer les autres pour ses propres malheurs s’est répandue comme une maladie endémique dans nos sociétés et je pense qu’il est temps de dire stop. Se décharger de toute responsabilité ne nous rend pas service, bien au contraire. Les gens qui réussissent ne le font pas, lisez n'importe quel livre sur le leadership. Ils assument leurs responsabilités, ainsi que celles de leurs familles et de leurs entreprises.


Je pense que beaucoup gagneraient à repenser leur position. Tout le monde peut être victime à un moment donné de sa vie. Il est plus facile de blâmer les autres, ça fait du bien. Il est beaucoup plus difficile de se regarder dans le miroir et de décider de résoudre ses propres problèmes. Mark Manson aborde le sujet dans son livre The Subtle Art of Not Giving a F*ck. Il mentionne le concept de « Victime Chic ». Il explique que les médias sociaux ont permis aux gens de se décharger de leur responsabilité, et que ce type de honte publique n'est pas seulement devenu populaire ; c'est devenu cool. Les personnes victimes de violence peuvent se sentir bien grâce à une attention et à une sympathie toujours plus grandes.


Mark Manson n'est pas le seul à en parler. J'ai entendu de nombreux influenceurs parler de ce phénomène d'une manière ou d'une autre au cours des derniers mois. Beaucoup de penseurs, d'écrivains et d'orateurs commencent à faire entendre leur voix et demandent aux gens d'assumer leurs responsabilités. Nous devrions éviter de nous sentir offusqués par tout et par rien. Un des aspects d’une démocratie est de vivre avec des personnes qui ont des points de vue divergents. Vous n'aimerez peut-être pas les écouter, mais vous devriez respecter leur droit de parole. C’est le prix que nous devons tous payer si nous voulons pouvoir parler librement aussi.


De plus, je pense qu'il est temps d'arrêter de blâmer les autres pour notre propre malheur. Il est temps que nous assumions la responsabilité de nos paroles et de nos actes. On a toujours le choix. Nous pouvons toujours décider de déménager, de changer de travail, de créer de nouvelles amitiés ou de créer de nouvelles habitudes. Nous sommes responsables de nos actions autant que de notre inaction. Je pense que nous réaliserons tous qu’une fois que nous cesserons de nous sentir désolés pour nous-mêmes, nous cesserons de ressentir autant de haine pour les autres. Et peut-être, juste peut-être, les médias sociaux pourraient redevenir un endroit plus agréable.

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